PROJET DE VOLONTAIRES DE LA VILLE DE DAKAR: Sur les chantiers du désencombrement

http://farm5.static.flickr.com/4119/4795898757_372f713bef.jpglagazette: Dakar se met au rythme du projet de volontaires. Chaque matin, des jeunes gens en uniforme travaillent à rendre fluide la circulation et à désencombrer la capitale. Qui sont ces jeunes et comment ils sont recrutés ? La Gazette fait le point sur ce projet participatif de la ville de Dakar.

Les voitures circulent aisément sans heurt sur les Allées Papa Gueye Fall. La scène est inhabituelle sur ces lieux où les heures de pointe offraient un spectacle détonnant. Ou ce sont les marchands ambulants, ces sempiternels squatteurs de l’espace public qui obstruent la circulation ou c’est l’indiscipline de certains chauffeurs de transport en commun qui crée des embouteillages. Ce matin, Petersen est étonnamment désencombré. Ce n’est pas, pourtant, le fait que les véhicules soient moins nombreux aujourd’hui, ou que les marchands ambulants, soient subitement devenus plus disciplinés. Petersen expérimente le projet de volontaires municipaux pour se débarrasser de ses mille maux. De jeunes gens, tee shirt bleu, pantalon beige, casquette bleue bien vissée sur la tête sont sur la place pour servir. Ils organisent la circulation. demandent aux marchands ambulants de circuler à défaut, de quitter les lieux.

Interdisent aux véhicules de stationner sur la route. Orientent les usagers. Amènent les mendiants à quitter la chaussée. Surveillent. Contrôlent… avec une exquise courtoisie. En témoigne ce sourire professionnel de Andiaye Diongue. La trentaine, teint noir, cet élément en faction sur le carrefour fait partie des cinquante individus déployés ce jour sur cette partie de la capitale. Il tente chaleureusement de convaincre un vieux marchand de sacs de voyage à circuler. Son objectif est d’arriver à lui faire comprendre qu’il peut faire son commerce sans gêner la circulation. Mais, le vieux vendeur ne semble pas comprendre et finit par s’énerver face à l’insistance de Andiaye, tenace, mais peu persuasif à cause de son phrasé à peine audible. Le vieux, plaintif, la mine triste se défend : « Je veux simplement vendre mes sacs pour nourrir ma famille ! Laissez-moi travailler, je ne dérange personne ». Andiaye, souriant et calme : « On veut simplement vous aider à mieux travailler, vous pouvez continuer votre commerce, mais il faut circuler. Si vous restez ici, d’autres viendront et cela finira par créer un rassemblement qui risque d’encombrer la chaussée  ». L’échange finit par attirer l’attention du superviseur Papa babacar Mbaye qui vient prêter main forte à son élément.

Finalement, l’ambulant se plie à la volonté de ceux qui se sont engagés pour lutter contre le désencombrement de la cité. Cette scène est devenue habituelle dans la capitale. Pour le moment, comme l’indique le superviseur, les commerçants, leurs clients et les chauffeurs, principaux usagers de l’espace urbain ont une appréciation positive de la présence des volontaires. Ce qui fait qu’ils leur facilitent la tâche sans leur opposer une réelle résistance. Certains usagers, satisfaits de la prestation des volontaires le manifestent en les encourageant de vive voix. « Nous n’avons pas de difficultés particulières pour faire correctement notre travail. Les gens nous comprennent et nous encouragent. »

Les hommes en tee shirt bleu font désormais partie du décor de la ville. Ils ne pas sent pas inaperçu. Les alentours du pont de la Patte d’oie qui relie les Parcelles assainies au reste de Dakar, sont dégagés. des camionnettes déménageuses y étaient stationnées de manière anarchique, causant un encombrement étouffant. Aujourd’hui, l’espace est débarrassé. Même, si les camionneurs reviennent petit à petit après le passage des volontaires. Cependant, les chauffeurs de car « Rapide » et car « Ndiaga Ndiaye » sont difficiles à organiser. ce matin encore, ils stationnenent à flanc de la route, à l’entrée de la gare, incommodant le libre déplacement sur la chaussée. « On est en train de leur expliquer que ce qu’ils font n’est pas bien », indique le superviseur, informant que la communication est fondamentale dans leur travail.

500 ELEMENTS REPARTIS EN SEPT BRIGADES

Qui a engagé ces volontaires et comment sont-ils recrutés ? Pour répondre à ces questions, nous nous sommes rendus à l’hôtel de ville de Dakar, où, ils ont leur siège. dans la cour arrière de la mairie, en cette matinée d’hivernage, les bureaux de la Police municipale grouillent de monde. Il se passe, ici, quelque chose d’inhabituel.

En effet, c’est dans ce sobre bâtiment nouvellement peint qu’est logé le projet des volontaires. Les jeunes finissaient leur petit déjeuner quand le sifflet sonne le rassemblement. Tous rappliquent, se mettent au garde-à-vous, attendant que la mission soit signifiée. on se croirait dans un camp militaire, vu la rigueur et la discipline des hommes du commissaire de police divisionnaire de classe exceptionnelle, Boubacar Sadio. Cet homme est le coordonnateur du projet des volontaires de la ville Dakar, créé par une délibération du conseil municipal en sa séance du 29 mars dernier. Dans son bureau au décor sommaire, il revient sur l’initiative. Il évoque, la délibération du conseil municipal pour rappeler que le projet a pour objectif de « renforcer les capacités de prévention, d’intervention et de gestion des autorités municipales dans les domaines de la salubrité, de la circulation et de la voirie, de l’hygiène et de l’environnement, des plages, des halles et marchés  ». Le projet est sous la tutelle technique, institutionnelle et opérationnelle de la police municipale, renseigne-t-il.

Mais, « la gestion participative étant un élément paradigmatique de la politique locale », un appel à candidature a été lancé pour permettre à tout le monde de participer. Les dossiers de candidature avaient été déposés dans les mairies d’arrondissement avant qu’une commission ne se réunît pour les étudier. Ils étaient près de 1500 candidats, finalement 500 parmi eux ont été retenus, révèle le commissaire. Les recrus ont par la suite suivi une formation théorique sur la mission et l’organisation de la police municipale, la gestion des plages, la problématique du désencombrement de l’espace public, l’éthique et la déontologie, entre autres. ils ont également suivi une « petite » formation militaire. Ensuite, les 500 volontaires sont répartis en sept brigades. La brigade de lutte contre l’encombrement de l’espace intervient contre l’occupation sauvage de la voie publique et des voies piétonnes. Cette unité lutte aussi contre les dépôts sauvages de gravats, de sable ou autres matériaux obstruant la voie publique et les points de passage. Il est vrai que dakar représente pompeusement l’orgueil du sénégal.

Mais, ses infrastructures de « dernière génération », ses immeubles pullulant, ses panneaux publicitaires gigantesques emblèmes du business florissant, son marché Sandaga grouillant d’une activité commerciale étourdissante aimantent les âmes en quête de mieux-être. Dans cette frénésie de l’argent, de l’euphorique tourbillon commerçant, certains se croient tout permis tant qu’ils « ne volent pas, ne se saoulent pas… ». Dans cette conquête de la totalité, dakar s’en trouve fille de l’anarchie, refusant l’ordre comme elle s’oppose à toute forme de règlementation. Des cantines installées à l’emporte pièce, des ambulants assiégeant la chaussée... La ville qui abrite « la plus belle corniche d’Afrique » et le monument le plus élevé du monde (sic) se présente alors comme un capharnau_m hybride : ville villageoise où l’animal (les chevaux des charrettes) dispute l’autoroute aux machines (voitures de dernières marques). Pour faire face, l’équipe municipale peut requérir les éléments de la brigade de lutte contre l’encombrement de l’espace urbain pour enlever des cantines, kiosques, garages et ateliers irrégulièrement installés sur la voie publique.

une seconde brigade appelée, hygiène et environnement intervient dans la lutte contre les dépôts sauvages d’ordures et déchets dans les espaces publics et dans les canaux à ciel ouvert. C’est cette brigade aidée par les autres qui a débarrassé le centre-ville de ses ordures lors de la grève des agents du nettoiement. cette brigade peut saisir le service national de l’hygiène pour procéder au contrôle des produits alimentaires mis en vente.

La brigade de surveillance des plages divisée en trois sous brigades est chargée entre autres missions d’assister les baigneurs, d’orienter les usagers vers les zones de baignade autorisées, de l’animation et de l’hygiène dans les plages. Cette unité travaille en collaboration avec les mouvements associatifs des quartiers riverains de la mer, renseigne le commissaire. Il y a également la brigade des halles et marchés, celle de la circulation et de la voirie, celle des îlotiers qui marque la présence de l’institution municipale auprès des populations et la brigade de la garde statique qui surveille les édifices de la ville.

Cheikh Fadel BARRO