L’homme est égal à lui-même. Dans l’entretien que Abdoulaye Wilane, maire de Kaffrine, porte-parole de Ousmane Tanor Dieng, Secrétaire général nous a accordé, il n’occulte aucun sujet : dialogue politique, candidature unique de l’opposition, gestion de la mairie de Kaffrine. Avec toute la verve qu’on lui connaît.
«Les réserves foncières de la ville ont été morcelées et vendues, sans délibération»
L’actualité la plus récente concerne la lettre adressée par le président du Sénat à l’opposition. On ne vous a pas beaucoup entendus sur le sujet.
Je suis en phase avec l’opinion qui pense qu’il faut traiter avec mépris une telle correspondance aussi dégradante pour son auteur qu’inquiétante pour le reste du Sénégal. Je ne voulais pas en dire plus sauf que nous sommes dans un pays de croyants et il ne faut pas rire du malheur des autres. Et à la vérité, s’il y a une maladie dont on ne guérit pas, c’est la maladie de la petitesse d’être et d’esprit. Cette lettre prouve encore que les hommes qui sont à la tête de ce pays incarnent l’irresponsabilité au sommet de l’Etat.
Sur le sujet, on peut accuser l’opposition d’avoir démarré les hostilités ?
Il est vrai que pour constater l’incapacité d’un chef d’Etat, il faut que quelqu’un pose ce problème. Notre pays a besoin d’avoir un mécanisme, un mode opératoire clairement défini pour ces cas de situation. Qui doit constater l’incapacité du président de la République ? A partir de quel moment ? Le président Tanor Dieng a indiqué quelque chose qui peut être mal vue par des gens malhonnêtes ou mal intentionnés compte tenu du contexte dans lequel il l’a dit. C’est lorsqu’il affirme que notre pays doit aller dans le sens d’une gestion de la santé physique et mentale de ceux qui aspirent à le gouverner. En d’autres termes, il prône la publication régulière des bulletins de santé de tous les acteurs politiques, en commençant par le premier d’entre nous tous, le président de la République. Personne n’est en parfait état de santé dans ce pays, mais ce n’est pas la fin du monde. Mais la pire des maladies, c’est l’entêtement de quelqu’un qui est incapable et qui se trouve malheureusement à la tête du pays.
Pour autant, pouvoir et opposition ont exprimé leur disponibilité à renouer le fil du dialogue…
Pour dialoguer, il faut être au moins deux, sinon on va verser dans un monologue puéril et ridicule. Si le Sénégal a été un pays de dialogue sous Senghor, sous Abdou Diouf, les acquis de ce dialogue sont maintenus et érigés en principes inactuels, intemporels, permanents qui doivent régir les rapports sociaux, institutionnels et politiques. C’est ce qui a fait avancer la démocratie et le pays jusqu’à ce qu’il soit placé au hit-parade des Nations à démocratie avancée. Mais depuis lors, voilà 10 ans, Abdoulaye Wade a fait déstructurer tous les acquis. Il avait autour de lui, un conglomérat de partis qui l’ont élu, incapable qu’il est de les respecter, de dialoguer avec eux. Je répète que dans ce pays, Abdoulaye Wade n’est pas aimé, n’est pas respecté, il est craint ou il est intéressant pour les chasseurs de primes et de trésors.
Qu’est-ce qui vous le fait dire ?
Ce qui me le fait dire c’est que Abdoulaye Wade n’est ni intellectuel, ni démocrate, ni économiste. Et tous ceux qui savent ce que veut dire cette notion d’intellectuel, cette notion de juriste, cette notion de démocrate ont des arguments pour vous illustrer que Abdoulaye Wade n’est pas capable de respecter un avis contraire au sien, n’est pas capable de tolérer la divergence ou la contradiction. Regardez tous ceux qui ont été avec lui. De Amath Dansokho jusqu’au dernier d’entre eux, à savoir Landing Savané, en passant par Moustapha Niasse, Abdoulaye Bathily, Macky Sall, etc. Il n’a de considération que pour son idée à lui, son ambition à lui, ses projets à lui. C’est l’homme orchestre. J’allais dire, c’est monsieur Galarie Lafayette pour reprendre l’expression de Abdourahim Agne.
Selon vous, le dialogue politique est inopportun
Pour dialoguer, il faut savoir respecter son vis-à-vis. Nous avons prouvé que nous avons des convictions par rapport au dialogue et à la recherche du consensus. Quand nous avons lancé les Assises nationales, Abdoulaye Wade en son temps, avait voué aux gémonies tous ceux qui s’adonnaient à cet exercice qui avait suscité un immense espoir. Ce qui a donné comme résultat cette onction populaire le 22 mars 2009.
Malheureusement, chez Wade, vous chassez le naturel, il revient toujours au galop, il est maître et spécialiste du clonage politique. Il n’a créé que des hommes qui font dans la ruse, des hommes qui sont des torpilles, des hommes qui sont des anguilles. Il n’a pas d’homme d’Etat autour de lui. C’est pourquoi à chaque fois qu’il est en difficultés, il retourne à ses habitudes. Sur le dialogue, il va avec des commentaires qui froissent ses adversaires, qui les braquent et qui banalisent l’exercice, parce qu’il est intéressé par un exercice politico-médiatique destiné à l’extérieur (…). Qu’il le veuille ou non, on ne peut pas faire l’économie d’un dialogue politique dans ce pays ; on le fera avec ou sans lui. Qu’il sache que le compte à rebours a commencé.
Dans un entretien avec nos confrères d’Océan Fm, le patron de l’Afp, Moustapha Niasse, déclare qu’il est prêt à s’aligner derrière le candidat que Bennoo Siggil Senegaal aura choisi. Etes-vous dans cette même logique ?
Dans les déclarations d’intentions, je note que tous les leaders de Bennoo Siggil Senegaal disent à peu près la même chose avec un ou deux mots qui varient. Ousmane Tanor Dieng a eu à dire, que si, dans les conditions et procédures régulières et démocratiques unanimement acceptées ou décidées par les leaders, quel que soit le candidat choisi et l’équipe qui l’accompagnera, lui, Ousmane Tanor Dieng, l’acceptera. Au nom du Parti socialiste, il a pris cet engagement.
Je rappelle que bien avant cela, tous avaient signé et paraphé les conclusions des Assises nationales. Et appel a été fait à tous les partis politiques intéressés par la recherche de solution, d’alternative et de perspective stratégique pour bouter Wade hors du pouvoir. A cet effet, nous sommes en train de recueillir les informations pour les peaufiner au maximum afin d’avoir un document qui engagera tout le monde.
Justement, c’est incompréhensible de vouloir peaufiner un autre document en direction de 2012 alors que la Charte de bonne gouvernance issue des Assises nationales est là…
Bennoo Siggil Senegaal est un ensemble de partis politiques différents ; c’est une coalition plurielle. Tous les partis étant souverains et tous concourent à l’expression du suffrage des Sénégalais, c’est donc normal et légitime que sur une question, on demande à chacun de donner son point de vue. Ce qui est différent des Assises. Les Assises impliquaient et engageaient d’autres forces vives de la Nation qui ne sont pas politiques. Si maintenant, les partis membres des Bennoo assument et endossent les conclusions des Assises nationales et que sur cette base, on cherche la meilleure formule pour faire partir Wade, il est normal que certains pensent qu’il faut plusieurs candidatures avec la possibilité d’avoir un bassin de rétention, la mobilisation de tout l’électorat, la multiplication de temps d’antenne contre le candidat qu’il faut «abattre». Et le peuple choisira ceux qui seront au second tour. (…)
Nous Ps, je l’affirme, je le proclame, nous ne faisons rien qui puisse porter préjudice à l’unité, à la cohésion et à la solidarité dans Bennoo. Nous croyons à l’esprit Bennoo, nous y sommes attachés. Mais, il ne faut pas que les Sénégalais pensent que s’il n’y a pas de candidature unique, c’est foutu ; que Wade ne sera pas défait.
Et à Kaffrine, comment se déroule le travail après onze mois à la tête du Conseil municipal ?
Ce que nous retenons comme difficulté, c’est le déficit de conscience citoyenne, les gens ne paient pas les impôts, les patentes, les taxes. Ensuite, il n’y a pas cette culture de participation citoyenne.
Pour que les populations paient les impôts, il faut qu’elles aient la preuve que les impôts qu’elles paient iront directement dans la satisfaction de leurs attentes. Pour cela, il faut faire dans la bonne gouvernance, dans la transparence.
A Dakar, les rapports entre les maires de Bennoo et le pouvoir ne sont pas des meilleures. Au niveau de Kaffrine, comment la cohabitation se passe avec le président du Conseil régional Babacar Gaye ?
A Kaffrine, l’ensemble des communautés rurales, des maires, des conseillers régionaux, sait que nous avons les mêmes missions à savoir sortir Kaffrine de sa situation actuelle. J’ai plaidé pour que l’ensemble des élus locaux, communautés rurales et maires, fasse parvenir au président du Conseil régional et à l’Ard (Agence régionale de développement) les conclusions de leurs débats d’orientation budgétaire et les esquisses de leur projet de budget présentée à leurs collègues conseillers afin que le président du Conseil régional ait une vue globale. Nous avons des compétences partagées. En matière de dialogue politique qui prend en charge les aspirations des populations, nous sommes l’école qu’il faut imiter. J’ai un seul parti en tant que maire, c’est Kaffrine, en tant que citoyen, j’ai un grand parti, c’est le Sénégal. Dans le parti le Sénégal, je suis de sensibilité socialiste avec un leader à travers lequel je me reconnais, c’est Ousmane Tanor Dieng et des compagnons qui sont dans d’autres terroirs.
Maintenant, il faut que l’Etat revoie ses rapports avec les collectivités locales, qu’il les aide à mieux tirer profit des compétences et expériences des services de déconcentrations de l’Etat. Ensuite, que l’Etat ne cherche pas par des ministères comme celui de la Coopération, comme l’Habitat, comme l’Economie et les Finances, à mettre les bâtons dans les roues
En êtes-vous victime ?
Oui, il n’y a personne qui n’est pas victime de cela. L’enjeu de la décentralisation se structure autour d’un combat, d’une lutte d’influence, d’efficacité qu’il y a entre la décontraction et la décentralisation qui devraient être les deux jambes d’une personne qui marche en tant que collectivités locales. Il y a des rivalités ; c’est normal. L’enjeu du pouvoir est ainsi fait. Quand vous prenez une région comme Kaffrine, elle a été créée par Abdoulaye Wade, il lui appartient de savoir que politiquement, l’histoire retiendra ce qu’il fera avec les élus de Kaffrine. Si vous venez aujourd’hui à Kaffrine, le gouverneur et la Gouvernance sont dans une maison ; c’est la même chose pour l’ensemble des services déconcentrés. Le préfet ne loge même pas à la préfecture. Aujourd’hui, on a besoin de terrain pour construire un palais de Justice, les réserves foncières ont été morcelées par l’ancien maire et vendues au plus offrant sans délibération, etc.
Avez-vous porté plainte ?
Il ne nous appartient pas à nous conseillers municipaux de sanctionner ; on est a priori jugés partisans. C’est à l’Etat de veiller à l’intérêt général.
Cela ne vous empêche pas de le faire...
Oui, mais ça, ils (les responsables de l’Etat) le savent très bien. Je ne leur apprends rien. Souvent, ils (les maires) le font avec la complicité de certains préfets et sous-préfets. Nous, en tous les cas, nous ne ménageons aucun effort pour faire dans la loyauté républicaine.
Quelle analyse vous faites de l’annonce de la fermeture des bases militaires françaises au Sénégal
J’en suis à me demander pourquoi le départ très partiel des troupes françaises doit coïncider avec le 4 avril. Abdoulaye Wade est quelqu’un qui excelle dans l’art des tournants. Avec le lancement des festivités marquant le cinquantenaire de notre Indépendance, il a voulu politiser l’affaire. Aujourd’hui, il avance le départ d’une partie des troupes françaises déjà annoncé comme une victoire sous des relents du colonialisme. Est-ce que Wade n’est pas en train de se déclarer comme le vrai père de l’Indépendance du Sénégal ? Il va se présenter comme celui qui a chassé du territoire sénégalais le colonisateur. Il a une frustration vis-à-vis de Senghor qui passe pour l’histoire comme étant le père de la Nation. Donc, je m’en désolidarise parce que les visées de Wade sont d’ordre foncier.