DEGUERPISSEMENT DES ALLÉES CLAUDEL ET DU « COULOIR DE LA MORT » DE L’UCAD : Les propriétaires de cantines sonnent la mobilisation

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/85/UCAD-Dakar.jpgLE SOLEIL : Quatre jours après le passage des bulldozers, les propriétaires des cantines démolies de l’allée Claudel et du « couloir de la mort » de l’université Cheikh Anta Diop sonnent la grande mobilisation pour réclamer le droit. Selon eux, ils ont acquis légalement le droit d’occuper les lieux. Et qu’ils ont investi beaucoup d’argent pour la reconstruction des cantines.

« Vends-moi de la cigarette excellence », taquine un des nombreux clients de Mamadou Diallo, propriétaire d’une boutique d’alimentation démolie sur l’allée Claudel. Les cantines qui avaient pignon sur rue sur ces deux artères ont été visitées vendredi dernier par des bulldozers. Et c’était le sauve-qui-peut. La raison ? « On n’a pas reçu de sommation de déguerpissement de la part ni du rectorat de l’université ni de la mairie de Fann Point E. C’est le jour-j, que j’ai su qu’on allait démolir nos boutiques. Les gens nous ont aidés à faire sortir nos marchandises. Si on nous avait avertis à temps, on pourrait déménager avant l’arrivée des engins », explique M. Diallo, avec amertume.

C’est le même constat du côté de Pape Ndiaye Fall, propriétaire de quatre cantines démolies sur cette allée de Claudel. Sa conviction est qu’on leur a rien notifié concernant le déguerpissement. François Xavier Faye, un autre propriétaire de restaurant, par ailleurs ex-étudiant de la Faculté de Droit, soutient le contraire. Selon lui, beaucoup de propriétaires de cantines établis sur cette Allée Claudel avaient reçu leur sommation de la part du rectorat deux mois avant le jour du déguerpissement. « En plus, on nous a informés la veille de l’arrivée des bulldozers », a-t-il reconnu.

Les propriétaires de cantines soutiennent ignorer le motif qui sous-entend ce déguerpissement. D’aucuns disent c’est à cause de l’occupation illégale de la voie publique. Pour d’autres, la raison est liée aux travaux d’agrandissement de la route de Ouakam. La chargée de la communication de l’Ucad, Alimatou Diop Keita, insiste sur la seconde thèse. Sa conviction est que les travaux d’agrandissement de la route de Ouakam ont obligé les autorités en charge de ce projet de solliciter le rectorat afin que les Allées Claudel et le couloir de la mort servent de routes de déviations pour les automobilistes. En plus, ajoute-t-elle, « ces deux routes étaient défectueuses. Les étudiants marchaient presque sur la chaussée. Donc avec l’agrandissement de ces deux voies, on va construire des trottoirs pour les piétons », soutient Mme Keita. Les propriétaires de cantines démolies peinent à trouver des interlocuteurs qui sont derrière ce déguerpissement. « La mairie de Fann, Point E, le rectorat et la mairie de Dakar se repoussent la balle. Certains soutiennent même qu’ils ne sont pas au courant de la présence des bulldozers alors qu’ils étaient tous présents sur les lieux ce jour-là », se désole Pape Ndiaye Fall. Selon lui, les victimes de cette opération, dans le cadre de leur association dénommée « Amicale des riverains exploitants de l’Allée Claudel », sont déterminés à mener la lutte afin qu’ils rentrent dans leurs droits. « On est en train de nous mobiliser pour mener des actions juridiques et médiatiques parce que nous avons acquis légalement le droit d’occuper les lieux », informe-t-il. En plus, dit-il, « les investissements qu’on a faits peuvent être estimés, rien que pour la construction des bâtiments à 500 millions de francs Cfa ».

Les conséquences de ces déguerpissements de cantines sont immédiates et multiples, selon Pape Ndiaye Fall. « L’insécurité qui régnait le long du canal va se prolonger dans cette Allée Claudel. Nous étions des travailleurs hier, aujourd’hui, nous sommes des chômeurs », s’indigne-t-il. Le même constat est fait par François Xavier Faye qui soutient qu’il est difficile de travailler au Sénégal. « On demande aux jeunes de rester dans le pays et d’investir et un beau jour, on vient nous déguerpir. La première idée qui me vient en tête est d’aller prendre les pirogues », regrette M. Faye. « J’avais économisé beaucoup d’argent pour acheter le lieu et construire ma cantine. Aujourd’hui, je me retrouve dans la rue. C’est écœurant. Que faire », ajoute-t-il. Pour l’instant, beaucoup de propriétaires de cantines n’ont pas trouvé un lieu de chute.

Souleymane Diam SY